ALEXANDRE OKINCZYC
Alexandre Okinczyc est né à Sielec, district de Pruzan (Lituanie) 28 janvier 1839.
En 1852, la famille reçoit confirmation de son inscription au livre de la noblesse de la région de Bialostock, obtenu par son ancêtre, Kasper Aksak. Alexandre fait ses études à Pruzan et à Grodno. Il y aura neuf enfants dans la famille Okinczye.
De 1856 à 1861, il est étudiant à la Faculté de Médecine à Moscou. En 1862, il commence à exercer à Cherechew, district de Pruzan.
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Extrait de la généalogie de la famille Okinczyc Traduction du polonais
Le 1829,19.111. Par devant nous André Szczuka, Vincent Födnen et Josepb Lowicki, désignés pour approuver des documents de nobilité, la famille Okinczyc, possédant le blason Aksak, domiciliée dans l'arrondissement de Bialogród, a déposé l'extrait de son origine noble. Il résulte de cet extrait que l'aïeul Kasper Aksak Okinczyc, a eu un fils Maciej, qui a reçu des rois de Pologne le domaine Luzynki. Maciej a eu un fils Marcin, Marcin a eu un fils Antoni, Antoni a eu un fils Franciszek. Franciszek a eu deux fils Tadeusz, qui a eu des fils : Konstanty, Feliks Ludwik et Jószef Okinczyc. La véracité de cet arbre généalogique est confirmée par
A la base de ces données Tadeusz avec son fils Konstanty, Feliks Ludwik et Józef Okinczyc issus de Franciszek et de grand-père Antoni et ensuite de Marcin, Maciej et Kasper sont inscrits dans le registre de la noblesse de la région de Bialystok, volume 6, nous inscrivons et sur la demande délivrons le 30.111.1829. Signatures |
SOUVENIRS D'ALEXANDRE OKINCZYC
Les textes qui suivent sont extraits des souvenirs d'Alexandre Okinczyc à Cherechew
"Mon grand-père paternel, François (Franciszek), était au service d'un propriétaire foncier (dont j'ai oublié le nom) à quelques milles de Swistock ; il mourut jeune, laissant une veuve et cinq enfants tous jeunes et sans argent.
Ma grand-mère Ursula Makowiecka était une femme d'un caractère viril; elle éleva ses enfants sévèrement, mais cependant avec dévouement, tendresse maternelle... Aujourd'hui encore, ils se rappellent les coups de verge avec des larmes dans les yeux. Ses enfants lui devaient tout. Après la mort de son mari, elle s'installa à Swistock où elle louait des chambres à des étudiants. A cette époque, l'école de Swistock était prospère... Beaucoup d'hommes éclairés et savants se dévouaient pour élever la jeunesse.
Ils avaient une fille Véronique. Le fils aîné Thadée (Tadeusz) qui épousa Mlle Solecka eut deux filles... et sept fils... L'oncle Thadée, dans sa jeunesse, avait servi sous Napoléon Ier, sous les ordres du Général Konopka; il est décoré de la Légion d'Honneur... Aujourd'hui, il est propriétaire d'une petite ferme... près de Swistock.
Le deuxième fils, Félix (Feliks) est mon premier bienfaiteur. Je lui dois toute la science que je possède et, souvent ici, j'en parlerai avec délices. Jeune, il prit part à l'insurrection de 1831. Il fut fait prisonnier (1). Il épousa en premières noces Constance Michatowska, qui mourut de la tuberculose, sans enfant. Aujourd'hui il est marié à Augustine Milewska, de laquelle il eut une fille Hedwige, sa joie pour ses vieilles années.
Le troisième fils, Louis (Ludwik), je ne le connais que par un portrait envoyé de Paris, où il se réfugia après l'insurrection de 1831 (2) ...
Le quatrième fils est mon père, Joseph (Josef) qui, étant jeune, fut au service de Sapieka pendant neuf ans, en Samogitie (3)... En 1833 il épousa ma mère, Pauline Galoff, de dix ans plus jeune que lui. Nous sommes neuf enfants (4) ...
Quelques mots encore sur les parents de ma mère... Mon grand-père descendait d'Irlande; c'était un homme très instruit, il parlait plusieurs langues : l'allemand, le français, le polonais, l'anglais... Il épousa ma grand-mère, Dorothée Von Gersteneweig, une baronne disait-on... Elle était orpheline; son tuteur ne s'en occupait pas beaucoup. Elle se maria par contrainte plus que par amour. Elle avait une belle voix. J'ai toutes ses chansons inscrites, qu'elle chantait en berçant ses petits-enfants. Ils eurent quatre enfants, dont ma mère, Pauline, qui épousa mon père, pas de plein gré; aussi leur vie commune ne fut pas très heureuse.
Je ne me lasserai jamais d'admirer assez comment, elle qui n'avait pas reçu grande instruction, ne songeait à nous élever que pour notre bonheur. Elle savait si bien se tenir dans toute société, s'adapter à tout milieu, être naturelle partout; son jugement était si sain, si juste sur les hommes et les choses. Dieu, qui orne les fleurs des champs de si belles couleurs, la combla de tout... que grâces lui soient rendues !
Cette protection divine se fit sentir à sa naissance, car elle (ne) resta pas protestante... Quelque temps après sa naissance, elle tomba malade. Dans ce temps-là, il n'y avait pas beaucoup de médecins. Ses parents se rappelèrent que, non loin de chez eux, habitait un prêtre catholique qui portait aux autres, en plus du secours spirituel, le secours matériel; en un mot, il soignait un peu, bien qu'il ne fût pas médecin. On l'appela, mais il posa comme condition qu'il ne s'occuperait de soigner l'enfant que si les parents promettaient, en cas de guérison, de la faire catholique. Que ne feraient pas des parents dans un cas pareil! Dieu aida le prêtre; ma mère revint à la santé, et ses parents tinrent parole."
1 . L'oncle Félix et Alexandre se retrouvèrent sur le chemin de la déportation en 1864.
2. Alexandre rencontra son oncle Louis, en 1865, à Pont-l'Évêque._
3. Samogitie (en lituanien Szamait) : ancienne contrée située au nord-ouest de la Lituanie. Elle devint polonaise au XV' siècle, puis appartint à la Russie de 1795 à 1918.
4. Voir arbre généalogique.
DÉPORTATION ET ÉVASION Aussitôt arrivé à Paris, Alexandre Okinczyc écrit, à l'intention de ses parents demeurés en Lituanie, ses mémoires pour la période considérée. Cet important ouvrage, de près de trois cents pages, dactylographiées par les soins d'un descendant, et traduites au préalable en français, donne un éclairage particulièrement saisissant des conditions de vie d'un peuple opprimé, acharné à conserver ses racines et sa personnalité. Commencé début septembre 1865, il fut terminé mi-juin 1866. Avec des détails extrêmement précis, Alexandre Okinczyc narre sa participation à l'insurrection de 1863 contre la Russie tsariste, son arrestation, sa déportation, son évasion. En lignes de force apparaissent son culte de la famille, sa haine à l'encontre des Russes, son amour de la patrie, la supériorité du peuple polonais, et plus spécialement de la noblesse, ainsi qu'une solidarité sans faille. Ses goûts artistiques, notamment pour le dessin et la peinture, qu'il exprimera à Villepreux, se manifestent, ainsi que son habileté manuelle pour fabriquer de faux cachets et imiter des signatures ; sans doute cette adresse a-t-elle été cultivée par sés études et sa pratique de la chirurgie. Nous essayons, ci-après, de résumer l'épopée de Alexandre Okinczyc, en rappelant les quelques vers constituant le préambule de ses mémoires : " Lituanie, ô ma patrieTu es comme la santé celui-là seul sait l'apprécier Qui l'a perdue pour toujours." |